La République c'est la diversité !

Le Partit Occitan réplique aux propos tenus par Jean-Luc Mélenchon sur la décentralisation et le régionalisme différencié lors de ses voeux à la presse d’hier.

Jean Luc Mélenchon dénonce le projet actuel de réforme territoriale comme étant une machine à « déchiqueter la République ».Le leader du Parti de Gauche se fait une fois de plus le chantre d’un système qui uniformise, qui nivelle. Tout cela n’a rien à voir avec la solidarité et le respect de la diversité qui sont pour nous des fondements de l’idée républicaine. Nous sommes pour la République de la diversité et de la solidarité. C’est pour cette raison que nous appelons de tous nos voeux une nouvelle étape de la décentralisation. Les régions doivent avoir de vraies compétences et de vrais moyens pour les exercer. Si Jean-Luc Mélenchon cherche des ennemis de la République qu’il aille voir ailleurs du côté des centralisateurs. C’est le centralisme qui crée les inégalités les plus criantes. C’est bien un État centralisé qui depuis des lustres s’est montré incapable de réduire les inégalités criantes qui existent entre les régions concernant le travail, le logement, l’accès aux transports, la formation, la culture...

Jean-Luc Mélenchon évoque « une régression de la France vers le système féodal ». Nous répondons que l’archaïsme c’est l’uniformité. Nous disons que la démocratie c’est le respect de la diversité et que c’est le seul moyen pour qu’il y ait une vraie solidarité entre les hommes et les territoires. La liberté, l’égalité et la fraternité se défendent non pas en demandant aux citoyens de renier la diversité mais en faisant en sorte que chacun apprenne à respecter l’autre. Jean-Luc Mélenchon fait dans l’outrance. L’avant-projet de loi qui nous est présenté concernant les collectivités territoriales est très loin de nos espérances et de nos souhaits. Il faut aller plus loin.

La France est le pays le plus centralise en Europe. Il est également celui avec l’Angleterre ou l’écart de richesse entre les régions est le plus fort (la Région Capitale y est aussi la région la plus riche tant en Angleterre qu’en France). Nous sommes pour une Europe qui respectera ses régions et leur donnera du pouvoir. Nous sommes pour une République qui reconnaisse sa diversité linguistique et culturelle avec des régions qui auront de larges compétences. Cela s’appelle du fédéralisme ; et c’est ce que pratiquent de nombreux États démocratiques dans le monde.

Le système que nous propose Jean-Luc Mélenchon, celui où tout se décide au centre, a fait la preuve de son incapacité à résoudre les problèmes sociaux, économiques et écologiques. Ce système n’a rien à voir avec la liberté, il est nocif pour l’égalité ; il n’est pas un facteur de solidarité donc n’a rien à voir avec la fraternité.

David Grosclaude - Membre du Bureau Fédéral - Partit Occitan

Notre opinion sur le texte de David Grosclaude

 

David Grosclaude[1], au nom du Partit Occitan, s’en prend au représentant d’une des composantes du Front de Gauche qui a émis des opinions critiques sur le projet de loi de décentralisation. Il accuse celui-ci de se faire « le chantre d’un système qui uniformise, qui nivelle »

Il écrit, « nous sommes pour la République de la diversité et de la solidarité », nous lui répondons nous aussi, mais notre lecture du projet de loi nous incline à penser que c’est une République qui va mettre en compétition les uns contre les autres, les populations des différentes régions entre elles. La volonté nationale actuelle de développer la compétitivité met déjà les peuples en concurrence, au profit d’un patronat avide de déréglementation. Où est la solidarité dans le monde d’aujourd’hui ? les Portugais et les Espagnols qui  souffrent servent de main-d’œuvre à bon marché pour briser le code du travail de notre pays. La solidarité doit s’organiser pour que les droits des uns et des autres soient identiques.

David Grosclaude nous dit « Que c’est le centralisme qui crée les inégalités les plus criantes ». Mais ce qui nous est proposé dans le projet de loi, ce n’est pas une remise en cause du centralisme, mais une décentralisation du centralisme vers des métropoles et autres euro-métropoles. Si le Front de Gauche parle « d’une régression de la France vers le système féodal », ayons le courage de regarder aujourd’hui le fonctionnement non démocratique des conseils régionaux. Ce n’est pas le projet de loi et la fuite en avant vers l’Europe qui vont diminuer les pouvoirs actuels, bien au contraire. Nous avons cherché en vain la place faite à la dimension citoyenne dans ce projet de loi, on ne nous parle que d’élus (Députés, sénateurs, maires, etc…), de taxes et d’économie, la part réservé aux langues régionales est réduite à la portion congrue dans l’article XV « A ce titre, le conseil régional peut adopter un plan de développement des langues et cultures régionales ».

Dans le Front de Gauche, comme ailleurs, il y a sans doute débat e sur la question des langues de France, de la plus ou moins grande place qu'elles peuvent, qu'elles doivent occuper dans l'espace public. Mais ce débat existe, il est de haute tenue, il implique des acteurs politiques et culturels nombreux. Et ce débat, notamment pendant la campagne présidentielle  2012, a été sans faiblesse ni concessions, dans tous les territoires où existent des langues dites "régionales", et aussi ailleurs, parce qu'il s'agit, selon le réseau "Langues et cultures de France", d'une composante essentielle du patrimoine VIVANT de notre République.
David Grosclaude reconnaît que le projet de décentralisation est très loin de « nos espérances et de nos souhaits. Il faut aller plus loin » Plus loin ? Dans plus d’Europe ? Une Europe fédérale avec des Régions qui s’affranchiraient du cadre national. Au moment où l’approbation du TSCG met notre pays sous la tutelle de l’Eurocratie et des grandes puissances d’argent, croire que l’on peut attendre béatement de cette entité sans aucun contrôle démocratique une avancée pour les langues et cultures, c’est faire preuve de naïveté ou d’aveuglement. Le fédéralisme, c’est une question. Elle doit faire partie du débat et non être brandie comme une panacée. Dans « Quelle humanité, voulons nous être ? » le Front de Gauche des arts et de la culture écrivait :

« S’il est clair que les attentes citoyennes ont profondément changé et  que les demandes de culture se sont modifiées d’une génération à l’autre, les défis à relever, face aux peurs et aux repliements, restent rigoureusement les mêmes. Il faut stopper la course aux égoïsmes que le système capitaliste nourrit et redonner du sens à l’existence. L’idéologie libérale envahit nos vies. Les valeurs de « compétition », de «  concurrence », du « pouvoir des meilleurs », ressassée depuis trente ans, légitiment l’injustice sociale, culpabilisent les plus faibles, brisent les solidarités, renforcent le « chacun pour soi », nuisent au vivre ensemble. »

Le vivre ensemble, dans le respect de la diversité et dans le renforcement de la solidarité, c’est ce que nous avons choisi et c’est dans ces valeurs que s’inscrit le Front de Gauche. Mais si nous voulons vivre ensemble, encore faut-il savoir créer les conditions du construire ensemble. C'est à ce débat que nous aspirons, au-delà des anathèmes et des exclusions.

 

Réseau Langues et Cultures de France – 18 janvier 2013


 

[1] : Par ailleurs membre du Conseil Régional des Pyrénées Atlantiques – membre du groupe Europe Ecologie les Verts.